Jean-François Kahn pour une évolution sans rupture de la presse écrite

Article écrit dans le cadre de mon cours de “Presse en ligne” en mai 2010 et issu de mon ancien blog.

Ce jeudi 6 mai 2010 était organisée une conférence sur l’avenir de la presse et du journalisme à l’Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales. Pour parler de ce sujet, l’invité n’était autre que Jean-François Kahn, journaliste français créateur de l’hebdomadaire Marianne.

Jean-François Kahn débute en dressant un panorama de défauts attachés à la presse écrite actuelle : le système qualifié de féodal qui hiérarchise les grandes rédactions, le nombrilisme du journalisme qui n’est, selon ses dires, plus ouvert à la réalité, le manque de remise en question suite à ce que les journaux ont trop vite qualifié de mort de la presse écrite. Bref, des faits connus de toute personne s’intéressant un tant soit peu aux grandes questions faisant débat dans le monde du journalisme.

Là où l’oreille est interpellée, c’est que, contrairement aux discours de vigueur actuellement, Jean-François Kahn ne considère pas que la presse écrite soit morte. Du moins, pas encore.

Certes, la presse écrite rencontre bien des obstacles ces dernières années. La crise et la ferveur pour Internet ont fait fuir les publicitaires des journaux. Il y a aussi la gratuité de certains journaux ainsi que du contenu disponible sur Internet ayant été toléré dans un premier temps, devient un concurrent direct à la presse écrite. Il n ‘y a plus la pluralité de journaux qui existait il y a trente ans de cela. Bref, la presse à tout, ou presque, contre elle.

Mais d’irréductibles optimistes comme Kahn considèrent que tout n’est pas perdu. Certes, Internet permet une immédiateté qui est impossible dans bon nombre des autres médias. Mais à cela, il vous répondra que donner l’information n’est pas la seule fonction du journalisme. Il est sûr que tout le monde sait donner l’info. Mais le journaliste est là pour la recadrer, la hiérarchiser. Mais ce n’est pas là une preuve que la presse écrite peu survivre. Qui dit que ces mêmes journalistes ne seront pas engagés dans quelques années pour faire leur métier… en ligne ?

Ce qui est réellement interpellant dans la façon de voir les choses de Kahn, c’est qu’il est conscient que la presse écrite doit profondément changer pour survivre. Faire une nouvelle presse pour la sauver.

Ces dernières années, la presse est de moins en moins souvent en accord avec l’opinion publique, preuve qu’elle n’est pas assez tournée vers la réalité. Certains journalistes sont tellement concentrés sur leur spécialité qu’ils ne voient plus le reste de ce qu’il se passe. Certains, aussi, ne sortent même plus de leur bureau pour prendre l’information, alors que c’est réellement dehors que notre métier se passe. Et c’est dehors que nous pourrons trouver une plu value sur l’information.

La presse est au cœur de la politique, de la culture, de l’économie, de la sociologie, etc. Selon Kahn, une des choses les plus importantes à faire dans cette « évolution sans rupture » est de renouer avec sa fonction citoyenne, militante, politique, philosophique. La presse doit être là pour porter un message. Il parle ici de ces journalistes qui ont lancé des révolutions, qui triomphait parce qu’elle avait le courage de dénoncer, peu importe la force ou la faiblesse du gouvernement en place.

Un autre changement en profondeur est d’adapter la presse à ses lecteurs. La baisse du nombre de ventes ces dernières années vient, en partie, de la façon dont les articles sont rédigés. Les journalistes s’adressent à un certain public. Généralement, les moins de 35 ans ne se sentent pas concernés, le journaliste faisant référence à des choses d’un autre temps. Le langage des journalistes n’est pas compris par les jeunes et le langage des jeunes est mal compris par les journalistes. Or, l’opinion ce sont aussi ces jeunes. Ces jeunes qui sont trop souvent mis à l’écart, mais qui dans quelques années seront ceux qui prennent les décisions importantes pour l’état.

Seul point qui m’a réellement attristée, c’est peut-être qu’on a parlé deux heures durant de l’avenir de journalisme, et que les blogs n’ont été que très peu mentionnés. Les blogs sont de plus en plus utilisés par les journalistes, mais on n’en parle pas encore comme pouvant devenir un réel moyen de faire du journalisme professionnel.

Voilà quelques unes des pistes lancées par Kahn lors de cette conférence. Il conclura que ces changements, c’est à la jeune génération d’y penser. L’assemblée étant majoritairement composée d’étudiants, Kahn tente de réveiller en nous des espoirs de changement endormis, des envies d’être acteurs de ce changement… ce qui, je pense, serait un premier pas important dans la survie de notre métier.

La presse écrite a encore, quelques qualités. A nous de les lister, et de repartir de celles-ci pour créer un nouveau genre de presse, une évolution qui ferait face aux obstacles actuels.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s