Rock Werchter, à n’importe quel prix ?

Cet article a été rédigé à l’été 2012, dans le cadre du dossier « Festivals, Face B? » sur les blogs de Politique et est visible ici.

Le festival flamand Rock Werchter est incoutournable en Belgique. Avec pas moins de 139 000 tickets vendus cette année, l’événement a fait ses preuves à maintes reprises en proposant une affiche composée par de nombreuses stars internationales. Chaque année, depuis 1975, un public varié répond présent. Et pourtant, si on retire l’affiche magistrale et les moments magiques d’une foule de 100 000 personnes reprenant la même chanson en chœur, il ne reste pas grand-chose d’intéressant sur la plaine de Werchter.

 

Rock Werchter, c’est avant toute chose une affiche de qualité reconnue mondialement. Rien que pour cette édition 2012, des noms comme les Red Hot Chili Peppers, The Cure, Garbage, Simple Minds, Pearl Jam, Agnes Obel ou encore Noel Gallagher se sont succédés sur les trois scènes du festival flamand. Pour voir tout ça, il vous en coûtera 195€, prix du ticket combi de quatre jours. Quand on relativise, on se dit que ce n’est pas si cher payé pour voir toutes ces stars.

Cependant, c’est une fois arrivé sur le site du festival que les prix auront du mal à passer. Rock Werchter est une vraie machine à faire des sous, et ne s’en cache pas. À la tête du festival, une multinationale : Live Nation. La société anonyme permet aux organisateurs de compter sur des noms aussi importants que REM ou Muse au fil des années. Mais tous ces artistes coûtent cher. C’est donc le public qui doit débourser. En vrac, quelques prix : 15 € pour le parking chaque soir, 12€50 pour un durum (et pas le plus gros des durums), 5€ pour un morceau de pastèque, 2€50 pour les boissons. Bref, le ticket n’est qu’une partie de ce qu’il faut dépenser pour apprécier son festival. Certes, il y a quelques initiatives à relever. Ainsi, il existe des parkings vélo gratuits et surveillés. Une alternative un peu verte pour arriver sur le site, d’autant plus que le ticket d’entrée au festival permet de profiter des transports en commun. Les festivaliers peuvent également préserver un peu leur argent en ramassant les gobelets qui traînent dans la plaine. Pour vingt gobelets ou bouteilles ramassés, un ticket boisson (uniquement boisson) offert. Et tout ça est recyclé. Autant dire que l’action fonctionne plutôt bien, le public étant composé de pas mal de jeunes qui n’ont pas toujours les moyens de payer 2€50 toutes leurs consommations.

Mais les bonnes actions s’arrêtent à peu près là. Sur la plaine, on ne trouve pas vraiment d’échoppes avec des produits locaux ni d’associations venues profiter d’un tel événement pour faire parler d’elles. Ce qu’on peut voir, ce sont des stands dédiés aux sponsors du festival qui offrent des cadeaux aux festivaliers… et de la musique en plus, comme si les trois scènes ne suffisaient pas. Ainsi, les stands Jupiler et Coca Cola ont tous deux leurs propres DJ’s et les jeunes peuvent aller se trémousser sur la musique ambiance discothèque qu’ils font passer à longueur de journée. De temps en temps, des bras se lèvent pour tenter d’attraper les cadeaux qu’ils lancent dans la foule : casquette, t-shirts ou autres, tous estampillés selon le stand dans lequel on se trouve. Et c’est comme ça chez tous les sponsors : Randstad, Nikon, Lipton, etc., la musique en moins peut-être.

Alors que des agrandissements sont encore prévus sur le festival, certains festivaliers ne peuvent s’empêcher chaque année de se demander s’ils y retourneront un jour, le trou dans le portefeuille aidant à réfléchir. Trop de monde, trop cher, trop sponsorisé. Et pourtant, chaque année, les organisateurs arrivent à amener en Belgique de grands artistes internationaux. Et chaque année, le public répond présent. À croire que le festival a encore de très longues années devant lui.

Je fais partie de ces personnes qui se demandent s’ils y retourneront. C’était mon troisième passage à Werchter. Mais depuis, j’ai aussi pu vivre Couleur Café, les Ardentes, Esperanzah ou l’Openluchtheater Festival à Anvers, ainsi qu’une myriade de petits festivals locaux. Une chaleur s’en dégage que je ne trouverai jamais à Werchter. Certains pourraient m’entendre dire que je n’y retournerai plus. Mais il est certain que l’affiche est extraordinaire, et que c’est parfois le seul moyen de voir certains groupes en Belgique, tant les places pour des groupes comme Muse, Coldplay et autres s’écoulent à grande vitesse quand ils passent dans nos salles. La seule vue des premiers noms annoncés l’année prochaine pourrait me faire changer d’avis. C’est ça le business de Werchter, et ça continue de fonctionner.

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