Voyage en nostalgie pour les noces d’or de Carmen et Daniel San Roman

Article publié dans le Petit Tram du mois de février 2015 (page 9).

En septembre dernier, Carmen et Daniel étaient parmi les couples ittrois fêtant leurs noces d’or. Le 22 août, cela aura fait 50 ans depuis qu’ils ont décidé de s’unir, pour le meilleur et pour le pire. Un bonheur simple, que le Centre Culturel a décidé de partager avec vous.

A en croire Carmen, lors de la cérémonie présidée par Christian Fayt, tout le monde a été ému à l’écoute des anecdotes du couple espagnol et la simplicité de leur vie, pas toujours facile. Et c’est avec tout autant d’émotions que j’ai eu l’honneur d’aller les écouter me raconter les difficultés qu’ils ont croisées, les bonheurs qu’ils ont construits.

Des histoires, Daniel et son épouse en ont des tas. Sur l’Espagne, leur pays d’origine. Sur Fauquez et sa verrerie, qu’ils ont côtoyés dès leur arrivée en Belgique. Sur les belges. Sur leur mariage et leurs trois enfants.

Une histoire simple et émouvante, qui me rappelle qu’un couple de vieux amants, c’est le nec plus ultra pour les belles histoires.

Arrivée au froid pays

1961. Daniel San Roman avait vingt ans quand il décide de quitter l’Espagne, seul, après avoir décroché un contrat de travail d’un an à la verrerie de Fauquez. Quelques années plus tôt, il avait rencontré Carmen. « Nous étions à une kermesse à Madrid, sur les auto-tamponneuses. Notre idylle a commencé là-bas, et nous voici encore aujourd’hui. »

Il arrive donc dans notre froid pays, séparé par plusieurs centaines de kilomètres de sa moitié. Les larmes montent aux yeux quand il essaye d’évoquer son premier Noël belge dans le baraquement réservé aux ouvriers. Le froid qui traversait si facilement la tôle l’a profondément marqué. Tendrement nostalgique, il évoque des tas d’anecdotes sur les difficultés qu’il a rencontrées au début. « Un jour, j’ai voulu faire des spaghettis pour mon collègue et moi. Je les ai mis dans l’eau froide, et j’ai laissé chauffer. Ils ont volé dans tous les sens. J’ai dû aller voir la femme du cordonnier, qui m’a expliqué qu’on devait les mettre dans l’eau bouillante. J’ai pu tout recommencer ! »

Quelques mois après son arrivée, Daniel fait venir ses parents. Carmen n’arrivera qu’en 1962. « Je n’étais pas vraiment obligée de quitter l’Espagne, pas comme Daniel. Mais j’étais jeune et vous savez comme on est. Je ne sais toujours pas comment ma mère a réussi à faire toutes les démarches pour que je puisse sortir du pays, mais j’ai réussi. » En effet, quand Carmen quitte l’Espagne, le pays est toujours dirigé par le général Franco et on ne le quitte pas sans montrer patte blanche.

Les débuts en Belgique sont difficiles, ils ne le cachent pas. Sur le ton de l’anecdote, Daniel explique qu’il a dû longtemps imiter la poule lorsqu’il voulait simplement acheter des œufs, à cause de la barrière de la langue. Mais avec moins de sourire dans la voix, Daniel poursuit. « Pour éviter de demander au vendeur les produits, nous allions de temps en temps dans une grande surface de Tubize pour faire nos courses. C’était plus facile, il suffisait de prendre dans les rayons. Il y avait toujours quelqu’un qui nous suivait pour s’assurer qu’on ne fasse rien de mal. »

Un mariage sous le soleil

Le 22 août 1964, ils se marient à la commune d’Ittre. Malgré la pluie qui n’a pas cessé toute la semaine, le soleil est au rendez-vous pour ce beau jour. Ils montent jusqu’à l’église d’Ittre à pied. « Nous sommes l’un des premiers couples d’espagnols à célébrer notre mariage à Ittre ! » assure Daniel. La réception se fait dans le garage des parents de Daniel, au quartier Saint-Lutgaard à Fauquez. « Chaque convive a droit à un poulet pour le repas », la musique fuse et les invités sont ravis. Beaucoup d’autres espagnols travaillaient à la verrerie ou pour la céramique à Fauquez, et tous sont invités. Daniel me montre la photo de ce si beau jour. « Comme tu peux voir, j’ai un peu grossi. J’étais si mince à l’époque que quand j’ai essayé de porter Carmen de la porte jusqu’à la chambre, je l’ai laissée tomber dans les escaliers. » Son épouse confirme et on sent une jolie complicité entre les vieux amants.

De vrais ittrois

Ces belles histoires, Carmen et Daniel pourraient m’en raconter encore et encore. J’ai d’ailleurs déjà fait un tri, à contrecœur. Très émus et surtout très émouvants, ils peuvent vous apprendre des tas de choses sur l’histoire de Fauquez. Ils y ont tout connu. Leurs trois enfants ont été baptisés à la chapelle. Et ils ont pu fréquenter l’école de Fauquez jusqu’à sa fermeture. « Le cinéma, le dispensaire, le boucher, la petite supérette. Quand on voulait aller se balader au vieux canal, on devait passer sur ce pont qui bougeait et craquait à chaque pas. Tout le monde s’amusait bien dans le quartier, on allait voir la télévision chez la seule voisine qui en avait une. En été, tout le monde était dehors et parlait. L’hiver par contre, chacun chez soi. Cela nous rendait nostalgique de l’Espagne. »

Petit à petit, le couple s’est intégré à la vie belge. Ils veulent participer, c’est important pour eux. « Nous avons nos vies ici, nos amis. Cela fait plus de cinquante ans que nous sommes en Belgique maintenant. Même si nous partons chaque année en Espagne, la Belgique est notre maison. Nous sommes tellement intégrés que nous avons déjà réservé notre dernière résidence au cimetière d’Ittre » explique Daniel sur le ton de la boutade.

Daniel, qui a insisté pour mettre sa casquette sur la photo, et son épouse depuis maintenant 50 ans – une bien jolie rencontre.

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