Pourquoi Djihad m’a bouleversée ?

Le mardi 26 mai 2015, j’ai assisté à l’une des représentations de la pièce Djihad, d’Ismaël Saidi. J’ai fait partie, grâce au Service de la Jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles (qui a très vite compris l’importance d’un tel outil de compréhension d’une réalité qui échappe à beaucoup), des plus de 27 000 personnes qui ont pu rire et pleurer sur un sujet si difficile à aborder. Parce que oui, on peut rire en parlant des jeunes qui partent en Syrie.

Des jeunes belges qui décident de partir se battre en Syrie, malheureusement, c’est devenu une partie de notre actualité. Et si vous êtes comme moi, cela fait partie des sujet de réflexion qui traversent votre esprit depuis quelques mois. Pourquoi partir ? Que cherchent-ils (ou elles) ? Mais surtout, la question qui me taraude le plus… Le trouvent-ils ? En tant qu’artiste de la Belgique de 2014 (année de l’écriture de la pièce), Ismaël Saidi a décidé de parler de cette réalité, en écrivant un texte intelligent, émouvant et bouleversant.

Sur la scène, pas de décor particulier.

Ben, Reda et Ismaël sont trois jeunes Bruxellois qui font face à l’oisiveté de leur vie. Ils décident de partir au nom de leur religion en Syrie pour combattre aux côtés des autres djihadistes.
Le long de cette odyssée tragi-comique qui les mènera de Schaerbeek à Homs, en passant par Istanbul, ils découvriront les raisons qui les ont chacun poussé à partir et devront faire face à une situation beaucoup moins idyllique que prévue.

Avant tout une comédie, Djihad fait rire des clichés de toutes les religions, en levant le silence sur les tabous de chacun. Réelle catharsis, la pièce révèle sur scène nos angoisses les plus profondes, la peur de l’autre et ce qu’elle engendre.

L’auteur Ismaël Saïdi prend le parti de faire tomber les murs entre les communautés, et aspire entre rires et larmes, à un meilleur «vivre ensemble».

(L'à propos, disponible sur le site de la pièce)

Du petit sourire en coin au bon rire, Ismaël Saidi a réussi à tout m’arracher… Y compris quelques larmes (bien que mes proches lui diront que ce n’est pas si difficile que ça, de me faire pleurer devant un film ou une pièce). Quand on veut faire la critique d’un morceau de culture, on se casse toujours la tête pour savoir quel adjectif utiliser. Est-il vraiment adapté ? Djihad m’en évoque plusieurs.

Bouleversante est le premier que j’ai utilisé. Djihad, ça bouleverse tes sentiments en premier lieu. Comme souvent, j’ai décidé d’aller voir la pièce sans trop me pencher sur son contexte, ce qu’on en dit, etc. avant. Je ne m’attendais pas à y rire. Je m’attendais par contre à être triste. Mais outre cela, les idées, celles que l’on croit plus ou moins bien structurées dans son crâne, sont bouleversées. Le sentiment de comprendre est bouleversé. Parce qu’on ne le pourra jamais totalement. Je l’ai ma réponse. Les raisons de partir sont nombreuses, les états dans lesquels ces jeunes reviennent le sont tout autant. Et les discours habituels sont bouleversés.

Intéressante. Parce qu’Ismaël Saidi pousse à la réflexion. Sa pièce a été construite de manière extrêmement intelligente. Ses trois personnages se complètent et représentent tous des facettes différentes et des idées différentes. Et le débat qu’il propose ensuite, souvent accompagné d’un journaliste et d’un islamologue, ne déroge pas à la règle. C’est intéressant, quand l’auteur explique qu’il est là pour essayer de déconstruire l’ignorance, et non la haine. Quand il te dit que de nombreuses mamans de jeunes partis combattre sont venus assister à sa pièce. Qu’il prend le temps de discuter avec elles, de savoir ce qui est mis en place pour elles ou pour leur enfant lorsqu’il rentrera – et croyez-moi, ce n’est pas joli joli.

Les trois acteurs nous emmènent de Bruxelles à Homs, en passant par toute la palette des émotions

Osée, l’adjectif vient ensuite. L’auteur a pris des risques en écrivant cette pièce. Mais il en avait besoin. En 2014, il entend une interview de Marine Le Pen, qui déclare qu’elle se fout pas mal des jeunes français qui partent combattre, tant qu’ils ne reviennent pas (ça, tu vois, c’est pas super intelligent, mais soit). Avec son bagage d’artiste, il décide alors de mettre en place son projet. Quand il en parle, personne n’en veut, pas un seul théâtre. Il trouve des acteurs qui acceptent de l’accompagner sur scène, et l’Espace Nord (Bruxelles) accepte de les accueillir. Cinq séances sont programmées, et Ismaël Saidi avoue qu’il serait heureux d’avoir vingt personnes chaque soir. Depuis décembre 2015, la pièce a déjà accueilli 27.000 personnes (en juin 2015!) et été jouée dans différentes villes de Belgique.

intelligente, enfin et surtout. La pièce arrive à aborder une thématique des plus compliquées, tant elle est sensible. Et pourtant, Ismaël Saidi touche l’ensemble de son public : j’ai déjà parlé des mères d’enfants partis combattre. Les élèves des écoles ayant eu la chance de voir la pièce n’hésitent pas à lancer un débat, qui oppose parfois des idées très différentes (des jeunes qui ne comprennent pas, et des jeunes qui pourraient partir). Dans mon public, ce soir-là, les origines et les parcours étaient variés. Et pourtant, l’émotion était palpable, et je suis prête à parier à peu près tout que peu de gens sont rentrés chez eux en restant indifférents à cette pièce, à ce qu’il s’y passe, à ce qu’il s’y dit. Parce que c’est une réalité qui, malheureusement, est bien présente actuellement. Ismaël Saidi arrive, à sa façon, à donner des pistes de réflexion. Parce qu’au fond, c’est ce qu’il faut – pousser chacun à s’interroger encore et toujours. Les réponses n’existent peut-être pas maintenant. Mais cela ne doit pas nous arrêter d’y réfléchir.

Si tu n’as pas encore vu Djihad, mais que tu veux une pièce qui mêle rires et larmes, intelligence et émotion, alors, profites-en. Forte de son succès, l’équipe d’Ismaël ne s’arrête plus, et des dates ont été reprogrammées. Cette pièce est pour tous, peu importe l’idée qu’on a de la problématique avant d’y aller, peu importe les préjugés qui nous habitent.

Cours réserver tes places, ou surfe jusque là !

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s