Le Mur Invisible de Marlen Haushofer (Kube#1)

En août dernier, j’ai reçu ma première Kube, une sorte de box lecture au concept très plaisant (mais je t’en dis plus là-bas d’ailleurs). Dedans, j’ai pu découvrir « Le Mur Invisible » de Marlen Haushofer. En un mot ? Perle (clin d’œil à ceux qui l’ont lu). En plus ? Achète-le, dévore-le, inquiète-toi, plonge toi dans cette forêt où rien ne se passe, pourtant. Tu comprendras vite – j’ai adoré.

Le concept de la Kube m’a directement conquise. Mais pour tester ses limites, pour ma première commande, j’ai demandé un livre que je n’achèterais a priori pas, qui se déroulerait dans le fin fond d’une forêt autrichienne dans les années ’60. Non pas que je raffole de ce genre de littérature bien spécifique. Non, je voulais vérifier qu’un libraire indépendant pouvait me surprendre avec une demande des plus banales. La librairie Les guetteurs du vent m’a donc envoyé Le Mur Invisible, de Marlen Haushofer.

Contenu de ma Kube #1, aka la beauté =)

Contenu de ma Kube #1, aka la beauté =)

Comme à mon habitude, je lis d’abord la quatrième de couverture. Dans mon édition, je ne la trouve qu’à moitié attrayante. Mais, j’ai demandé à un libraire de relever mon défi, je relève donc le sien : je lis. Après quelques pages à peine, l’intrigue est littéralement plantée. Le Mur Invisible, celui du titre, celui qui va LA couper du reste du monde est en effet installé très vite au cours de l’histoire. Ah oui, tu noteras que notre héroïne n’a pas de prénom, ou qu’il n’existe tout simplement plus personne pour l’utiliser. Bref, cette entrée rapide en matière est surprenante, aux premiers abords. Et pourtant, il ne faut que ces vingt pages, à peine, pour nous couper du reste du monde et plonger dans un monde sans vie, si ce n’est la sienne. Pendant les plus de deux cent pages qui suivent, nous nous retrouvons en tête à tête avec l’héroïne, qui, on l’apprend très vite, a décidé de coucher sur des vieux papiers son histoire de l’autre côté du mur.

Si la survie est la toile de fond de ce roman, elle n’est que le prétexte pour aborder d’autres questions. La solitude, les liens qui unissent les humains et les animaux (l’héroïne se retrouve très vite propriétaire d’un chien, d’une chatte et d’une vache – ces deux dernières n’étant en réalité pas seules au moment où elle les accueille), la dépression, la folie, la survie, la place de la femme, les menaces d’une arme si puissante qu’elle annihile toute vie (puisque de l’autre côté de ce Mur, tout semble éteint). Avec un ton très fluide, Marlen Haushofer arrive à faire germer des réflexions très intéressantes chez son lecteur, qui ne peut s’empêcher d’être emporté par ce qui n’est pourtant qu’une routine des plus banales de son héroïne (traire une vache, s’occuper du champ, nourrir les animaux, récolter du bois pour se chauffer l’hiver, etc.)

L’héroïne, celle qui écrit prétendument cette histoire, ne peut s’empêcher de divaguer par moments et de poser des questions, évidemment sans réponse, sur ce qui lui arrive : que se passerait-il si elle n’avait pas les animaux avec elle ? Se laisserait-elle dépérir ou tenterait-elle d’aller voir plus loin s’il n’existe réellement qu’une seule représentante de l’humanité ? Qui a placé ce mur et les personnes qui l’ont installé ont-elles atteint le but voulu ? Ou cette arme puissante n’a-t-elle pas échappé au contrôle de ses créateurs ? L’auteure, autrichienne, écrit ce roman en 1963, deux ans à peine après que le Mur de Berlin ait été érigé. La Guerre Froide secouait également le monde depuis plusieurs années. Et, par l’évocation d’une histoire pourtant simple, l’auteure arrive à nous emmener dans ce monde en guerre sans pourtant en évoquer la violence. Ce qui fait la réussite de cette histoire, c’est sa façon d’aborder l’humain dans différentes facettes : autant cette femme qui lutte pour sa survie avec ses maigres moyens que ces hommes qui ont un jour imaginé planter un mur invisible destructeur de vie. Et pourtant, à aucun moment le poids de ces évocations pourtant graves et peu réjouissantes vient peser sur les épaules d’une histoire trop dure à vivre. Non, l’histoire est belle, elle est joyeuse comme elle est triste. Elle est sa vie.

C’est un sentiment bizarre que celui d’écrire pour des souris. Parfois je dois faire semblant d’écrire pour des hommes, ça me devient alors plus facile.

Parce qu’on réfléchit sans s’en rendre compte. Parce que la nature est au cœur même de cette histoire, et qu’à une époque où on commence à peine à en prendre conscience, un livre où l’héroïne se doit de vivre en harmonie avec la nature et de la comprendre fait du bien. Mais surtout, parce que je n’ai pas pu lâcher ce livre sans l’avoir terminé, alors que l’histoire expliquée aurait tendance à paraître ennuyante. Et enfin parce que cette femme est désormais une de mes nouvelles héroïnes par sa survie maladroite mais efficace. Pour tout ça, ce livre gagne à être plus connu encore.

Oh, et il paraît qu’il y en a un film, plutôt réussi ai-je lu. Je suis preneuse de tout avis 🙂

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13 thoughts on “Le Mur Invisible de Marlen Haushofer (Kube#1)

  1. J’ai vu le film lorsque je travaillais pour un festival de films sur l’environnement il y a quelques années et je l’avais trouvé très fort et bien construit, le genre d’histoire qui nous pousse à nous poser des questions sur notre monde et la nature humaine. Tu m’apprends que c’était un livre à l’origine, du coup ça m’intrigue ^^ je vais essayer de me le procurer. Merci!

  2. Ping : Ca y est, je suis une Kube addict ! | Les écrits de Julie

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  5. Ping : Ca sent bon Noël #14 | Les écrits de Julie

    • Hum. Ma quatrième arrive cette semaine 😛 La plus belle découverte reste Le Mur Invisible, mais les deux autres livres reçus m’ont plu aussi 🙂

  6. Ping : Ca sent bon Noël #23 | Les écrits de Julie

  7. Ping : Pierre de Lune, de William Wilkie Collins (Kube #5) | Les écrits de Julie

  8. Ping : L’antivoyage, de Muriel Cerf. (#Kube – #7) | Les écrits de Julie

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