Et tu n’es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens

En ce début 2016, mon adorable Papa m’a prêté ce petit livre, après l’avoir dévoré. Le livre déposé, je souris que ça soit justement de lui que ce livre me viendra. Un père partage des mots avec sa fille, des mots d’une fille qui ne peut plus les partager avec le sien et qui décide, dès lors, de les partager au monde.

Tu n’es pourtant pas mort pour la France. La France t’a envoyé vers la mort. Tu t’es trompé sur elle.
Pour le reste, tu avais vu juste. Je suis revenue.

Ce récit, cette lettre devrais-je dire, de Marceline Loridan-Ivens est en fait son histoire. Déportée à Birkenau, survivante, cette jeune femme s’adresse ici à son père, qui lui, n’est jamais revenu d’Auschwitz. Elle partage ici l’espoir qu’elle s’est refusé pendant son enfermement, la difficulté de revenir survivante parmi des gens qui ne peuvent pas comprendre ce qu’elle a vécu, ce père qui, à l’aide d’une simple phrase, lui a souhaité la vie :

« Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas. »

Dans la vie, la vraie, on oublie aussi, on laisse glisser, on trie, on se fie aux sentiments. Là – bas, c’est le contraire, on perd d’abord les repères d’amour et de sensibilité. On gèle de l’intérieur pour ne pas mourir. Là-bas, tu sais bien, comme l’esprit se contracte, comme le futur dure cinq minutes, comme on perd conscience de soi- même.

J’ai été quelqu’un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d’être triste et rire quand même.

Les mots manquent, pour décrire ce court mais intense voyage dans ses souvenirs. Beau, émouvant, une belle claque, quand ses mots finissent par décrire la réalité actuelle, pas très rose. Marceline Loridan-Ivens partage un bout d’elle, un bout de cette relation avec son père qui ne s’est jamais vraiment arrêtée. Elle imagine ce qu’il aurait pensé de ses deux époux, elle imagine à quel point toute sa famille aurait eu besoin de sa présence. Elle utilise les mots pour écrire une lettre d’adieux, à ce père qui n’a jamais cessé, pourtant, d’être à ses côtés.

La chronique ne sera pas très longue, comme le livre. J’espère qu’elle sera suffisante, si pas, je vais conclure ainsi : file l’acheter, dévore-le (ça se lit en une traite).

Il y a deux ans, j’ai demandé à Marie, la femme d’Henri: « Maintenant que la vie se termine, tu penses qu’on a bien fait de revenir des camps? » Elle m’a répondu : »Je crois que non, on n’aurait pas dû revenir. et toi qu’est ce que tu en penses? » Je n’ai pas pu lui donner tort ou raison, j’ai juste dit: » Je ne suis pas loin de penser comme toi. » Mais j’espère que si la question m’est posée à mon tour juste avant que je ne m’en aille, je saurai dire oui, ça valait le coup.

Advertisements

8 thoughts on “Et tu n’es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens

    • J’ai du mal à mettre les mots, mais ce livre est une petite perle, et il fait moins de 150 pages. Une petite perle que tu dévores donc très vite et qui te bouleverse longtemps 🙂

  1. Ping : Tag #10: Qui a peur du grand méchant livre ? (Clap deuxième) | Les écrits de Julie

  2. Ping : Marceline Loridan-Ivens, Et tu n’es pas revenu (2015) – Femmes de lettres

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s