La couleur pourpre d’Alice Walker (#OurSharedShelf – #2)

Pour le livre du mois de février au sein du bookclub GoodReads Our Shared Shelf, initié par Emma Watson, mais repris et porté par plus de 100 000 personnes à travers le monde désormais, on retrouvait The color purple, d’Alice Walker.

oss2_1

Je n’avais jamais réellement entendu parler du livre avant sa lecture. En recherchant un petit peu sur Internet, et avant même de l’ouvrir, j’ai pu voir qu’il était en plutôt bonne position sur la liste des livres les plus fréquemment censurés par les bibliothèques ou écoles aux Etats-Unis. Interpellant, je trouve. Quand on cherche un petit peu à savoir pourquoi, en français, il y a peu de ressources. Puisque ce bookclub est aussi pour moi l’occasion d’entraîner mon anglais (à la fois lecture & écriture, puisque je tente de participer aux discussions quand j’ai quelque chose à dire), je ne me démonte pas et poursuis mes recherches. Et si le thème fait tant débats, c’est à cause de toutes ces thématiques qu’il aborde sans détour : la sexualité, l’homosexualité, l’inceste, le viol, la violence envers les femmes, le racisme, l’aptitude à briser ou non des normes sociales, etc. Très provocateur, on peut comprendre pourquoi le livre fait peur (seule véritable raison de censurer quelque chose, non ?)

L’histoire est rapide à lire en français. Maintenant que j’ai le background suffisant pour l’aborder en anglais (puisque le livre est écrit en dialecte, que ce soit en français, en anglais, ou apparemment en polonais – et donc plus compliqué à déchiffrer), je compte bien replonger dedans une deuxième fois pour me permettre de comprendre. Toutefois, elle aborde tellement de thèmes, de problématiques et de situations qui me sont étrangères (et j’en suis reconnaissante) qu’il prend du temps à digérer. Je l’ai fini depuis presque deux semaines à l’heure où j’écris cette chronique, et il est vrai que les réactions des autres membres d’Our Shared Shelf m’aident enfin à poser des mots sur ce que j’ai lu.

Le format est intéressant. Cellie écrit des lettres, d’abord à Dieu, ensuite à sa soeur, ensuite encore un peu à Dieu. Son rapport au divin va évoluer, ses questionnements seront retranscrits et c’est très intéressant. Dans une discussion GoodReads, on se demande pourquoi elle parle à Dieu. Je pense, pour ma part, qu’elle donne la réponse elle-même en début de livre quand sa maman lui demande qui l’a mise enceinte : « I said God, don’t know any other man ». Dieu était alors la seule personne vers qui elle pouvait se tourner – pourquoi s’en priver ? Ce qui est intéressant, c’est réellement ici ce besoin qu’elle a éprouvé d’écrire ce qui lui arrivait, de le consigner en en discutant avec une personne, aussi théorique soit-elle, et d’ainsi porter un regard parfois plus critique sur ce qui se passait dans sa vie. J’ai toujours été un grande fan des lettres, et suis heureuse de pouvoir reconnaître dans ce format choisi par l’auteur une certaine volonté d’offrir à son personnage principal la capacité de prendre du recul sur elle-même.

L’évolution du personnage de Cellie est très intéressante. On ne manque pas de vouloir la secouer encore et encore pendant plusieurs dizaines de pages, mais son personnage va évoluer à force d’être entouré par autant d’influences positives (ou négatives mais qui vont la pousser à réagir).

L’évolution du personnage de Mr.– est celle qui m’interpelle le plus. Attention, il y a ici un spoiler.

En effet, Mr.— représente typiquement le genre d’hommes qui, pendant toute sa vie, va vivre selon des valeurs rigides qui lui dictent ce que sa femme (ou toute femme, en-dehors de Shug Avery) peut ou ne peut pas faire (sous peine d’être battue). Il est immonde avec Celie, avec son fils parfois. Mais, même s’il lui aura fallu des dizaines d’années, il vit un repentir final qui est plein d’espoir. C’est même probablement le plus beau signe d’espoir de ce livre à mes yeux. Ce changement de comportement me pousse à croire que, peu importe à quel point ça peut-être inefficace 99,9 % du temps, jamais, ô grand jamais, je ne dois cesser de combattre les discours qui me répugnent, les arguments racistes, sexistes, homophobes, ou simplement injustes. Peut-être arriverais-je 0,01 % du temps à faire germer une réflexion chez mon interlocuteur. Et alors, ça en aura valu la peine.

Il y a de longues choses à dire sur ce livre, mais je vais m’arrêter là pour cette fois. Je me contente ici de le chroniquer, mais envisage de plus en plus à creuser des questions abordées via Our Shared Shelf dans des articles de fond via ce blog. Qu’en pensez-vous ?

Et pour les cinéphiles, la version film de La Couleur Pourpre ? Je zappe ou je mate ?

Advertisements

10 thoughts on “La couleur pourpre d’Alice Walker (#OurSharedShelf – #2)

  1. Bravo d’avoir eu le courage de plonger dans cet univers… J’ai vu le film il y a plusieurs années…pas certaine d’être capable de lire le roman malgré ta belle chronique. Les thèmes sont difficiles…

  2. Je n’avais pas réussi à me procurer ce roman pour OurSharedShelf mais je trouve ça bien que tu en parles sur ton blog :).
    Si jamais je ne trouve pas le livre, je me rabattrai sur le film au pire…
    Bises ma belle

    • Si tu arrives à mettre la main dessus, c’est une lecture que je conseille (et je suis tombée dedans, donc rapide en plus). Pour le film, je ne peux pas (encore) me prononcer 🙂 Bisous !

    • Je voulais le lire en anglais de base, mais j’ai eu pas mal de mal avec le dialecte, d’où mon passage en français. Après, je vois pas mal de lectrices sur GoodReads qui tentent en anglais et ont l’air de bien s’en sortir, donc c’est peut-être juste moi.
      En tout cas, en français, il passait assez bien je trouve. Je n’ai pas encore avancé dans ma relecture en anglais, donc je ne peux pas dire à quel point la traduction aurait été bonne/mauvaise 🙂

      • Bon alors finalement je l’ai trouvé à la bibliothèque en anglais! Je devrais le lire tout bientôt, espérons que la langue ne soit pas trop compliquée! 🙂

  3. Ping : #Our Shared Shelf #3 – Le titre est tombé | Les écrits de Julie

  4. Ping : La couleur pourpre | maelysaimelire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s