Les monologues du vagin (#OurSharedShelf – #10), de Eve Ensler

Avant de commencer à te parler du livre en soi, et parce que c’est un peu ma façon d’écrire pour le moment, laisse-moi rapidement t’expliquer que je ne savais, décidément, pas du tout à quoi m’attendre avec ce livre.

En fait, quand j’étais enfant, mes parents avaient un abonnement théâtre dans la ville d’à côté, et pour moi, Les monologues du vagin, c’était donc une pièce de théâtre qu’ils avaient été voir. Ça avait un titre bizarre, certes, mais mes parents avaient été la voir et avaient aimé. Donc ça ne parlait sûrement pas de vagin réellement – pensais-je.

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Et bien si ! Les monologues du vagin, ça parle de vagin. Ça ne parle que de ça. Eve Ensler, avant de transformer tout ça en pièce de théâtre, a mené une étude sur le vagin. Elle a fait parler des tas de femmes de leur vagin – elle leur a demandé comment elles l’habilleraient, comment elles l’appelleraient, si elles le connaissaient vraiment, etc. Et de toutes cette discussion, elle a retiré ce qu’elle a appelé des « monologues », soit des réponses qu’elle n’avait jamais entendues, soit justement des réponses qu’elles entendaient tellement souvent qu’il fallait qu’elles soient partagées.

« Elles savent qu’il est plus important de créer un espace où le meilleur peut se produire, plutôt que « de faire apprendre une leçon aux gens ». (…) Comme les Vagins, ces Guerrières sont le centre de l’existence humaine, mais elles sont encore trop largement sous-estimées et anonymes. Chaque année, le V-Day sera à célébrer ces Guerrières du Vagin de par le monde. Ce faisant, nous voulont reconnaître ces femmes et rendre hommage à leur travail. Dans chaque communauté, il y a d’humbles activistes qui œuvrent chaque jour, au coup par coup, pour détruire la souffrance. (…) Elles sont nos mères, nos filles, nos sœurs, nos tantes, nos grands-mères, nos meilleures amies. Toute femme a une guerrière en elle, qui attend de naître. Pour permettre à un monde sans violence d’exister, dans cette époque de danger et de folie grandissante, nous leur demandons de se montrer au grand jour. Qu’elles soient honorées et vues. »

C’est une démarche intéressante – et c’est vrai que je n’ai pas pu m’empêcher, en lisant tout ça, de me dire que personnellement, je ne le connais peut-être pas très bien. Le livre a donc le mérite de nous faire nous intéresser à une partie de notre corps qui est quand même assez badass et essentielle pour nous, les femmes.

Pourtant, je ne sais pas trop si j’avais envie de lire tout ça. Sans être spécialement prude, ma lecture m’a parfois mise mal à l’aise. Les femmes avec qui Eve Ensler a parlé n’étaient certainement pas toutes prêtes ou emballées à l’idée de parler autant de vagin, et bien moi, de mon côté, je n’étais peut-être pas prête ou suffisamment emballée pour lire autant d’histoires de femmes qui ont redécouvert leur vagin, ou que sais-je.

Tout ça me pousse évidemment à me poser des questions du coup – est-ce que je ne ressens juste pas le besoin de parler vagin ? Est-ce que l’influence néfaste de la société qu’Eve Ensler pointe en début de livre et qui nous empêche d’en parler a déjà suffisamment eu raison de moi ? Est-ce que je m’en fous de connaître mon vagin, tout simplement ? En ça, le livre aura donc réussi à ce que je pousse ma propre réflexion plus loin (ce qui ne me plaît donc pas forcément, mais voilà, c’est fait).

« Je le dis parce que je suis censée ne pas le dire. Je le dis parce que c’est un mot indicible – un mot qui provoque. (…) Je le dis parce que je crois que ce qu’on ne dit pas, on le voit pas, on ne le connaît pas, on ne se le rappelle pas. Ce qu’on ne dit pas devient un secret et les secrets souvent engendrent la honte, la peur et les mythes. »

 

8 réponses sur « Les monologues du vagin (#OurSharedShelf – #10), de Eve Ensler »

  1. Pour ma part j’ai adoré ce livre, il y a tant d’histoires autour de cette partie du corps ! Moi aussi, tout comme toi, je me suis posée des questions et je pense que c’est le but de ce livre

    • C’est sûr. Je crois que je pourrais le recommander, mais avec un avertissement. Il faut être dans de bonnes dispositions pour le lire, être « prête » – c’est peut-être bête à dire, mais c’est important. Je le relirai probablement d’ici quelques années, une fois que ma réflexion sera encore plus aboutie à propos de tout ça. Mais il ne laisse pas indifférente, et je continue encore – malgré qu’il soit fini – à penser à deux trois trucs qui m’avaient interpellée pendant la lecture.

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