La Perle et la Coquille, de Nadia Hashimi (Club de lecture féministe de Carnet Parisien #4)

La sélection de janvier de Carnet Parisien pour son club de lecture féministe était décidément bien en phase avec ma bonne résolution de vider un peu ma PAL papier. Il y a à peu près un an, lors d’un voyage à Paris, j’avais craqué chez Gibert Joseph pour La Perle et la Coquille, suite aux éloges faites par… Carnet Parisien. Mais je n’avais pas encore pris le temps d’ouvrir le roman. Bref, la boucle a été bouclée quand le livre a été choisi comme lecture de janvier. Et je dois avouer que je dois rejoindre les éloges qui ont été faites.

Dans La Perle et la Coquille, Nadia Hashimi nous propose de revenir sur la vie de deux femmes afghanes, qui ont – à des époques différentes – traversé le même genre de réflexions et le même besoin de « plus ».

L’histoire principale est celle de Rahima, qui grandit dans une famille qui n’a eu que des filles à une époque plus ou moins contemporaine (autour des années 2000). En Afghanistan, les jeunes filles ont beaucoup moins de liberté que les jeunes garçons, ce qui pousse notamment les parents à les tenir éloignées de l’école. Pour contrer cela, les parents décident que Rahima devienne un Bacha Posh, qu’elle se transforme en garçon pendant quelques années. Rahima devient donc Rahim pour ses sœurs, et peut aller à l’école, aider ses parents en faisant des courses, etc. Mais à treize ans, Rahim va taper dans l’œil du seigneur de guerre pour qui travaille son père. Elle est donc mariée à celui-ci, et doit redevenir femme et honorer ses devoirs d’épouse.

Ces nouvelles semblaient plutôt bonnes. Un grand et puissant pays était venu à notre secours ! Notre peuple avait un allié dans la guerre contre les Talibans !
Mais Bobo-jan [grand-père] put voir dans les yeux de Shahla que quelque chose la tourmentait et il savait exactement de quoi il s’agissait. Pourquoi est-ce qu’Amrika se mettait dans tous ses états après l’attaque d’un seul bâtiment ? La moitié de notre pays s’était effondré sous le règne des Talibans. Nous pensions tous la même chose.
Si seulement Amrika avait pu se mettre en colère pour cela également.

En parallèle à Rahima, l’histoire de Shekiba nous est présentée. Shekiba est l’arrière-grand-mère (ou un niveau autre, je ne sais plus trop) de Rahima. Son histoire est livrée à la jeune Bacha Posh et ses sœurs par leur tante. Shekiba va avoir une vie bien difficile aussi – perdant toute sa famille, étant livrée en tant que servante, se transformant en homme pour assurer la garde du harem du roi, puis étant mariée de force. Shekiba va tout faire pour changer son naseeb, son destin, et finira par livrer le vœu que son histoire et les évolutions que son pays connaît (accession au trône d’Amanullah Khan et de sa femme, Soraya Tarzi – qui vont faire enormément pour l’émancipation des femmes en Afghanistan – efforts qui ne seront pas ressentis à l’époque de Rahima, puisqu’elle vit dans un Afghanistan aux mains des Talibans).

Les personnes qui sont frappées par la tragédie plus d’une fois, peuvent être certaines que le sort va s’acharner et qu’elle pleureront de nouveau. Le destin trouve plus facile de revenir sur ses pas.

Les deux destins de ces femmes sont par moment très difficiles à lire, mais on ne peut que considérer La Perle et la Coquille comme étant une lecture nécessaire. L’auteure a énormément fouillé son livre, et même si les histoires présentées sont fictives, elles sont malgré tout très réalistes et semblent très proches de la réalité vécue durant ces deux époques en Afghanistan.

Plus on avance dans la lecture, plus on comprend qu’une fin heureuse n’est pas réellement envisageable pour les deux héroïnes. Je savais que si l’auteure me proposait un happy end, je serais déçue. Cette histoire ne pouvait pas bien se finir : il y a certes une note d’espoir, mais la réalité étant ce qu’elle est, il était impensable de voir nos héroïnes être heureuses de leur vie.

Chaque petit effort porte ses fruits. Regarde-moi. j’ai la chance de savoir lire. C’est une bougie dans une pièce sombre. Ce que j’ignore, je peux le découvrir par moi-même. Il est plus facile de duper quelqu’un qui n’a pas cette autonomie.

Par certains aspects, cette lecture m’a rappelé les destins durs, mais forts, de femmes que j’avais découverts dans La moitié du ciel l’année passée (des histoires vraies, là). Et surtout, ça m’a rappelé qu’il y a encore énormément de chemin à parcourir en matière de respect de la femme, qu’il y a des régions du monde où il vaut mieux ne pas naître femme.

Je ne peux à mon tour que conseiller la lecture. Si l’histoire est dure, elle est surtout nécessaire et utile. Elle permet d’appréhender une culture différente et de questionner les fonctionnements, de comprendre ce qui peut parfois paraître difficilement compréhensible, et de réfléchir à ce qu’on peut faire pour modifier les réalités encore atroces de femmes de par le monde. Ce qui me fait penser, pour conclure, à une phrase dite par Janelle Monae à l’occasion des derniers Grammy’s (avant la SUBLIME prestation de Ke$ha & co.)

« And just as we have the power to shape culture, we also have the power to undo the culture that does not serve us well. »

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8 thoughts on “La Perle et la Coquille, de Nadia Hashimi (Club de lecture féministe de Carnet Parisien #4)

    • Merci à toi pour le partage de toutes tes belles lectures 🙂 Et pour la création du bookclub ! Sans ça, je serais probablement passée à côté !

  1. Ping : 28 livres pour 28 ans | Les écrits de Julie

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