Mille soleils splendides, de Khaled Hosseini (Club de lecture féministe de Carnet Parisien #9)

Avec un peu de retard, j’ai décidé de lire le livre proposé pour juin par Carnet Parisien, parce que c’est un livre que j’ai envie de lire depuis très longtemps. J’ai découvert l’auteur avec Les cerfs-volants de Kaboul il y a une dizaine d’années maintenant, et j’ai toujours voulu en découvrir d’autres de cet auteur. Mais Les cerfs-volants de Kaboul étant une histoire assez difficile, j’ai aussi décidé qu’il fallait que je sois prête pour le lire, parce que je savais que ce que j’allais lire ne serait pas toujours joyeux.

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Et en effet, l’histoire de Mariam et de Laila n’est pas remplie que de bons moments. Avec ces deux femmes, on va traverser plusieurs décennies de la vie afghane, avec l’ingérence de l’URSS, la guerre entre les seigneurs de guerre, l’ingérence des Etats-Unis, les talibans, la guerre par les Etats-Unis, etc. Le pays de nos deux héroïnes est le théâtre de nombreuses atrocités. Chaque régime va apporter son lot de douleurs et de sang, mais aussi ses nouvelles règles.

Lorsqu’on rencontre Laila, par exemple, les femmes ont des droits assez étendus dans le pays. Laila peut encore aller à l’école, et son père insiste pour qu’elle termine ses études, il ne veut pas la marier sans qu’elle soit diplômée. Il est persuadé que sa fille pourra faire de grandes choses pour son pays une fois éduquée, et il ne veut pas sacrifier cela pour les traditions de son pays. Il lui apprend les poètes afghans et le goût de la littérature, il lui parle politique et la traite en égale.

De même que l’aiguille d’une boussole indique le nord, un homme qui cherche un coupable montrera toujours une femme du doigt. Toujours. Ne l’oublie jamais, Mariam.

La vie de Laila va changer avec l’arrivée des talibans. Kaboul va être la cible de nombreuses attaques lors de leur prise de pouvoir, alors que la capitale avait été relativement épargnée par les autres conflits. Laila va perdre ses parents, et elle va devoir vivre avec des voisins. C’est là qu’elle rencontre Mariam, qui est la première femme de l’homme qui la recueille. C’est à partir de là que tout vacille pour la jeune fille. Son hôte est bien plus conservateur que ne l’était son père, et la société afghane va également être bouleversée par les règles imposées par les talibans.

Mariam obéit. -Il n’y a qu’une chose à savoir : tahamul. Endure.

– Endurer quoi, Nana ?

– Oh ne t’inquiète pas pour ça. Tu ne manqueras jamais de rien dans ce domaine.

Il y a donc deux couches de lecture à ce livre : on découvre à la fois la violence qui a déchiré le pays et provoqué le déclin de Kaboul, on se plonge dans un récit nous racontant la vie afghane sur plusieurs décennies. Mais à côté de cela, on a aussi des destins extrêmement personnels, et on découvre également des pans de vie très individuels qui pouvaient exister sous les différents régimes qu’a connu l’Afghanistan.

La jeunesse de Mariam, cachée de tous à cause de son statut de bâtarde, son mariage forcé avec un homme de trente ans son aîné qui est violent avec elle et qui a des valeurs bien plus conservatrices que ce à quoi elle a été habituée, la jeunesse heureuse de Laila, son mariage forcé, la concurrence entre les différentes épouses, les liens d’amitié qui se créent, la violence de son époux, la maternité, l’amour, la peur, la fuite.

Mariam regarda les flocons de neige tournoyer devant la fenêtre en se rappelant les paroles de Nana : chaque flocon était en réalité un soupir poussé par une femme accablée quelque part dans le monde. Toutes ces plaintes silencieuses montaient au ciel et y formaient des nuages de plus en plus gros, jusqu’au moment où ils se brisaient en minuscules fragments qui tombaient sans bruit sur la terre. « C’est pour rappeler aux gens ce que toutes les femmes comme nous peuvent endurer, avait-elle ajouté. Sans jamais se plaindre, en plus. »

Encore une fois, Khaled Hosseini propose ici une histoire très forte, où tout n’est pas beau, mais où le courage de ses personnages principaux rend l’histoire magnifique. On souffre avec Laila et Mariam, on espère avec elles dès qu’une petite lueur d’espoir pointe, on veut mieux pour ces femmes qui ont trop enduré.

Et je sais aussi que lorsque cette guerre sera terminée, l’Afghanistan aura besoin de toi autant que de ses hommes, et peut-être même davantage. Parce qu’une société n’a aucune chance de prospérer si ses femmes ne sont pas instruites, Laila.

J’ai attendu le bon moment pour ce moment, et je ne regrette pas l’avoir découvert quand j’étais dans de bonnes dispositions. Il vaut vraiment la peine et nous présente un Afghanistan vrai, avec tout ce qu’il y a pu avoir de beau, et tout ce qu’il y a pu avoir de moche.

Laila a tourné la page. Parce que, au bout du compte, il n’y a que ça à faire. Ça, et espérer.

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3 thoughts on “Mille soleils splendides, de Khaled Hosseini (Club de lecture féministe de Carnet Parisien #9)

    • Son écriture est vraiment bonne, et les histoires qu’il raconte doivent être partagées, mais elles ne sont pas joyeuses… mais nécessaires, enfin pour moi 🙂 Si tu le lis un jour, tu me diras ce que tu en penses. Il me reste encore L’écho infini des montagnes à découvrir.

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