Dans ma bédéthèque S03#31

C’est fini l’enchaînement des articles BD’s dans lesquels je poursuis ma découverte de sagas. Cette semaine, on va parler de deux (très bons) one shots qui vont nous emmener dans des histoires bien différentes, mais toutes les deux extrêmement intéressantes.

Le point commun cette semaine, parce que ça m’amuse d’entrouver un, c’est qu’il s’agit de deux histoires qui ne vont pas vraimentmettre en valeur ce qu’il y a de plus beau dans l’humanité. Matérialisme dans l’uneet extrémisme religieux dans l’autre, les résultats des comportements de nosdeux villages vont avoir des conséquences assez désastreuses. Ça te tente ?

(L’autre point commun évident, c’est la qualité de ce qu’on peut trouver chez Dargaud !)

Ce qu’il faut de terre à l’homme (Martin Veyron) (Dargaud)

Inspirée du conte éponyme écrit par Léon Tolstoï, la BD de Martin Veyron va nous emmener dans un village russe où les hommes vivent de la terre, ou survivent de la terre plutôt. Notre personnage principal et sa famille ont une exploitation qui leur permet d’être autonomes, et ils s’en accommodent très bien. Mais deux choses vont venir perturber tout cela : une conversation de notre agriculteur avec son beau-frère, dont la mentalité est purement capitaliste ; et un intendant qui gère le domaine de Comtesse de la région, et qui va imposer aux paysans des règles strictes alors qu’ils arrivaient jusque-là à s’entendre (fouet ou amendes pour ceux qui se serviraient sur les terres de la Comtesse).

Ces deux facteurs vont faire que notre personnage principal, petit agriculteur qui, jusque-là, subsistait, cherche à agrandir toujours plus son exploitation et finisse par se mettre les autres paysans à dos, parce qu’il deviendra aussi strict que l’intendant.

Un jour, un voyageur va arriver et chambouler encore une fois la vie de notre paysan, en lui parlant des Bashkirs, un peuple qui dispose d’espaces immenses et qui seraient prêts à vendre des terres fertiles pour vraiment pas cher. Aveuglé par sa soif de toujours plus, notre pauvre petit paysan va faire le voyage, et il va trouver dans la souffrance la réponse à une question essentielle : combien faut-il de terre à l’homme ?

Ce petit conte m’a fait un bien fou, parce qu’il rappelle à quel point il est important de revenir aux essentiels. On voit petit à petit l’évolution de la pensée de notre personnage principal, qui tombe au fil des pages dans des façons de penser qui ne correspondent pas à comme il a toujours vécu. Ses proches et ses voisins restent eux dans leurs anciennes pratiques, en favorisant l’échange de mains-d’œuvre par exemple, plutôt qu’en payant des journaliers. Sa femme s’étonne de ce changement et ne le comprend pas, elle finit par s’en désoler.

Du point de vue graphisme, les dessins sont légers, sans spécialement beaucoup de détails mais ils collent parfaitement à l’histoire qui nous est racontée, je trouve.

Les filles de Salem (Thomas Gilbert) (Dargaud)

C’était un des titres que j’avais repérés pour cette rentrée littéraire BD. Bien que je sois loin d’avoir acheté tous ceux que j’avais notés (mon banquier m’en remercie), j’ai tout de même craqué pour celui-ci, qui faisait énormément écho à Sorcières de Mona Chollet, lu récemment.

Les filles de Salem, comme vous vous en doutez avec le titre, ça parle de la chasse aux sorcières. On remonte aux origines de celle-ci. Qu’est-ce qui a mené un village à sacrifier dix-neuf de ses habitantes à l’époque ? Comment en arrive-t-on à cela ?

Dans le livre de Mona Chollet, on nous explique que les chasses aux sorcières étaient le fruit d’une misogynie bien ancrée, de peur ou même de vengeance envers des gens qui nous ont fait du mal. Cette BD le met très bien en image, je trouve. On va voir quelles sont les différentes raisons pour lesquelles des citoyens vont dénoncer des femmes avec qui ils ont toujours vécu : on leur reproche de danser dans les bois à la tombée de la nuit avec une incarnation de Satan. En réalité, elles dansent en pleine journée avec un indien. On leur reproche d’être ensorcelée. En réalité, elles sont victimes des abus d’un éminent membre de la communauté.

Si ces femmes se retrouvent pendues, ce n’est pas parce qu’elles usaient de magie, mais parce qu’elles faisaient peur à ceux qui les ont dénoncées. Certaines étaient trop indépendantes, certaines savaient des choses qu’elles ne devaient pas savoir, etc.

Je trouve que la BD illustre bien tout cela, en offrant une réflexion sur où se trouve réellement le monstre qui pourrit ce village. Elle éclaire également le rôle du prêtre de cette communauté qui, sentant qu’il perdait son influence sur ses fidèles, a sombré dans un obscurantisme dans lequel il a entraîné tout le village.

On pourrait croire qu’il s’agit ici uniquement de relater ce qui est arrivé dans le passé, mais la BD nous éclaire énormément sur ce qui risque d’arriver encore et toujours. Laisser le pouvoir à des personnes qui usent de la peur comme d’un outil pour faire en sorte que les gens continuent d’aller dans leur sens, c’est encore un danger que l’on côtoie au quotidien. Il faut rester vigilant à toutes les « chasses aux sorcières » qui se mettent en place, et continuer de les dénoncer.   

Advertisements

3 thoughts on “Dans ma bédéthèque S03#31

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

You are commenting using your Google account. Déconnexion /  Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.