Nous les filles de nulle part, de Amy Reed (Club de lecture féministe de Carnet Parisien #10)

J’essaye tant bien que mal de rattraper un peu mon retard sur les lectures qui me faisaient envie mais que j’ai loupées pour le Club de Lecture féministe de Carnet Parisien. Dans la liste figurait la lecture de décembre 2018, qui m’avait déjà interpellée à sa sortie et dont j’ai entendu de bonnes critiques ensuite.

Nous les filles de nulle part, c’est déjà un titre interpellant, et croyez-moi, l’histoire l’est aussi. On se retrouve ici dans la petite ville de Prescott, aux Etats-Unis. Grace vient de s’y installer avec ses parents, et elle doit donc tout reconstruire : rencontrer de nouveaux amis, retrouver sa place dans son lycée. Elle ne se considère pas comme étant très populaire. Très vite, elle va faire la rencontre de Erin, une jeune fille Asperger, qui tente tant bien que mal de nouer des liens sociaux, mais avec les limites qu’elle doit poser pour se sentir bien. Erin est très amie avec Rosina, qui se présente comme une lesbienne latina qui n’aime pas les tacos. Ces trois jeunes filles sont les trois personnages principaux que l’on va suivre, bien que le récit soit entrecoupé par les ressentis d’autres filles, qui restent plus ou moins anonymes ou que l’on désigne, c’est selon.

La nouvelle maison de Grace, c’est l’ancienne maison de Lucy. Avant l’été, Lucy a accusé trois des joueurs de football américain de son école de l’avoir violée lors d’une fête. Toute la ville a pris le parti de défendre ses joueurs, et Lucy a été isolée, pointée du doigt, moquée, pour finir par devoir quitter la ville. C’est dans sa chambre que Grace dort maintenant, et il retrouve, bien caché des regards, un mot que Lucy a gravé : « Aidez-moi, tuez-moi. Je suis déjà morte ». L’histoire de Lucy va alors intriguer Grace, et puis la révolter. Au fil des semaines, Grace découvre également que dans son lycée, le viol, le sexisme, les insultes à peine voilées, les concours pour savoir qui couchera avec le plus de filles, etc. – tout cela est très présent et pas réellement pointé du doigt. Avec les filles, elle va donc créer le mouvement des Filles de Nulle Part. Réunions secrètes, partages d’expérience, vraie camaraderie entre les filles.

Le mouvement va semer la pagaille dans une petite ville où une espèce de masochisme et de sexisme crasses étaient bien installés. Le blog Les vrais mecs de Prescott fait l’étalage des pires pensées d’un mec qui estime que les femmes sont à sa disposition. Il récolte un peu plus de lecteurs à chaque nouvel article. Alors que tout le monde a tourné le dos à Lucy, on voit que petit à petit, grâce à ces réunions secrètes et ce nouvel élan, les filles commencent à se serrer les coudes.

On a le sentiment, en tournant les pages, que ça ne peut pas bien finir. Parce qu’on connaît notre société, et parce que j’en deviens blasée de croire qu’un mouvement peut être aussi efficace. Si la fin n’est pas heureuse, elle est en tout cas bonne. Le monde va dans le bon sens, et même si la crasse qui régnait à Prescott ne peut pas être éradiquée comme cela, le mouvement change les choses.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture. Elle pose des questions réellement intéressantes. Les filles entament, par exemple, une grève du sexe avec leur compagnon pour appuyer leurs revendications. L’une d’entre elles finit par relever le fait que c’est les faire gagner encore, parce que ce sont leurs besoins qui entrent en compte comme cela, pas ceux des filles.

En parallèle à l’histoire des Filles de Nulle Part, nos trois personnages principaux vont aussi petit à petit découvrir l’amour, chacune à leur tour. Se pose alors la question de la légitimité de leur action, et là encore, on nous rappelle gentiment que ce genre de mouvement ne doit pas pointer du doigt les gars bien, ceux qui sont prêts à monter au combat avec les filles et qui tentent d’écouter les besoins de leur compagne. L’amalgame est fait mais très vite défait par l’autrice, qui décide de nous montrer d’abord qu’on met tout le monde dans le même panier pour soulever dans l’histoire cette question. C’est une fiction jeunesse, et j’espère franchement qu’elle sera lue par un tas de jeunes filles et de jeunes mecs, pour qu’ils puissent se poser les questions soulevées par cette lecture et ainsi pousser leur réflexion. Très bon point lecture pour le Club de lecture féministe de Carnet Parisien !

Une réponse sur « Nous les filles de nulle part, de Amy Reed (Club de lecture féministe de Carnet Parisien #10) »

  1. Ta chronique donne vraiment vraiment envie ! Je n’avais pas du tout entendu parler de ce livre mais maintenant je crève d’envie d’en savoir plus ! Merci encore pour toutes ces découvertes que tu me fais faire 🙂

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