L’homme qui savait la langue des serpents, de Andrus Kivirähk

Légende estonienne ? Candide de ce pays de l’est ? L’histoire de Leemet, si elle aura mis quelques pages à m’accrocher, aura fini par me passionner.

Ce qui est incroyable, avec ce roman imaginaire, c’est la capacité qu’il a eu à me faire me demander quels étaient les éléments réellement présents dans les légendes estoniennes, et quelles étaient les inventions de l’auteur. Dès le moment où je me suis demandée si la langue des serpents était une réelle tradition (sans croire à son effet, mais dans l’idée) du pays, l’auteur avait pour moi réussi son pari : créer ce qui s’avère être une excellente critique, à la fois de cette volonté d’être moderne à tout prix, mais aussi de préserver les coutumes ancestrales d’un pays.

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Tout au long des pages, l’auteur va critiquer ces deux extrêmes de façon assez acerbe, en s’aidant de l’humour, de l’ironie, mais surtout, d’une plume plus qu’efficace ! Ce qui ajoute au talent de l’auteur, c’est qu’il ne semble pas se positionner en faveur d’une de ces deux façons de vivre, mais il les critique, et surtout les questionne à parts égales. Les moines et fervents chrétiens en prennent tout autant pour leur grade que le sage de la foret, et les vieux sacrifices aux génies des bois sont tout aussi critiqués que les pratiques villageoises considérées comme abrutissantes. L’auteur va mener, avec son lecteur et un texte bien construit, une réflexion sur ce que ça fait d’être en décalage par rapport au reste du monde, tant pour ces villageois qui sont tellement en retard par rapport à d’autres pays, que pour ces gens de la foret, qui sont si primitifs pour les gens du village.

Les hommes vivent d’espoir, aussi ténu soit-il : ils ne se satisfont jamais de l’idée que quelque chose soit irrémédiable.

L’histoire de Leemet est loin d’être une histoire heureuse, même si je me suis surprise à plusieurs reprises à espérer un mieux. Sans vous partager la fin, je pense que l’auteur clôture son récit de la façon la plus malheureuse qui soit, en fait. Leemet ne fait que rencontrer une série d’impasses, qu’il surmonte un peu malgré lui au fil de l’histoire, et qui vont petit à petit lui enlever ce qui lui est cher, et ce en quoi il croit.

Ce n’est qu’un conte de fées à la mode qu’on t’a fourré dans la tête au monastère, mais des contes de fées, il y en a tant qu’on en veut dans le monde. On en oublie, et à leur place, on en forge des nouveaux.

C’était une réelle découverte, qui, bien que se rangeant dans la catégorie d’histoire fantastique, aborde des tas de sujets de réflexion intéressants, et au cœur même de l’actualité. Il y a pas mal de choses à noter et à retenir des différents personnages, qu’ils soient humains, serpents ou ours, par exemple. Cette façon d’utiliser une pseudo-légende pour mettre en avant de telles thématiques (l’impact de l’homme sur la nature, la foi – et peu importe en quoi, le besoin de suivre des coutumes sans réfléchir au pourquoi, la valorisation d’un statut, etc.) fonctionne extrêmement bien sur moi, et me fait me rappeler qu’il faut que je me penche plus réellement sur la mythologie, la vraie cette fois, afin d’en retirer les réflexions sous-jacentes.

Pour eux, chacun a le droit de vivre aussi bouffonnement que sa fantaisie le lui dicte.

Finalement, Leemet va tenter de vivre en faisant le moins de dégâts possible, n’est-ce pas ce que l’on fait tous ? Il retirera un tas de choses des expériences qu’il vit, bien que celles-ci soient généralement négatives. Et au bout du compte, nous sommes toujours le moderne de quelqu’un, pas vrai ?

Celui qui est tombé une fois dans un gouffre et s’est écrasé au fond, cela ne devrait plus lui faire grand-chose qu’on le porte encore et toujours au sommet d’une montagne pour le jeter toujours et encore dans le vide.

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Challenge lecture : Littérature de l’imaginaire (4ème éd.) :

8/24 (Catégorie A-Echelon 2)

abc2016

Challenge ABC 2016 : 8/26

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3 thoughts on “L’homme qui savait la langue des serpents, de Andrus Kivirähk

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